Voici, par l’auteur du Dictionnaire égoïste de la littérature française, un tour du monde et de la vie en huit cents pages de listes. Rangées par thèmes (les lieux, les gens, les corps et le sexe, les arts, les mots, l’histoire...), elles nous permettent de retrouver son érudition, son esprit, et même des confidences. On rit, on est caressé ou griffé, on l’écoute avec passion parler gravement de choses légères et légèrement de choses graves... Un livre sans équivalent.
Mieux vaut le savoir : les listes du Docteur Dantzig sont parfaitement subjectives, sinon fantaisistes. Ce sont de purs prétextes pour parler de choses et d’autres. Tout cela donne bel et bien une oeuvre littéraire. Au fil des pages, on s’insurge, on s’indigne, on sourit, on applaudit. Robert Solé, Le Monde.
Le dandy retrouve ici son génie de la pointe, son art de l’entrechat et du triple salto. C’est merveille de voir ce Tristram Shandy du xxie siècle, débordant de verve et d’opinions tranchées, sortir sans relâche de sa manche d’éblouissantes colombes, et des kilomètres de pense-bêtes artistement noués les uns aux autres. François Dufay, L’Express.
Le nouveau livre de Charles Dantzig est un monstre.
Le nouveau livre de Charles Dantzig est un monstre. Si l’on y reconnaît par endroits des morceaux de genre constitué, comme le récit, le journal ou l’essai, l’ensemble original qu’il produit résiste à la classification.
L’Encyclopédie capricieuse du tout et du rien offre une forme inédite : elle n’est faite que de listes, de successions de listes, et parfois même de listes de listes. Mais le lecteur est d’emblée prévenu : dresser une liste n’a rien de littéraire en soi. “Liste de courses, liste de comptes, liste de maîtresses ou d’amants (…) Tout le monde dresse des listes.”1 C’est seulement en poussant à l’extrême les limites de la liste que Charles Dantzig peut prétendre donner à ce genre ses lettres de noblesse : “De Lascaux faisons Picasso.”1
La liste plus courte tend vers la maxime, c’est la “Liste vite du vice” : “Le vice plaît parce que c’est quelque chose en plus.”3
La plus longue, celle de “soixante-deux artistes et de leur art”4 constitue à elle seule un petit essai.
Quant aux sujets des listes, ils vont des plus larges aux plus restreints : de la “Liste de l’homme en général”5, à celle, ultra-spécialisée, des “slogans imprimés sur des fanions dans une installation au New Museum de New York lors de son ouverture au printemps 2008″6. La variété des thèmes abordés est étourdissante, tantôt sérieux (”Liste du beau”), tantôt futiles (”Liste des hommes le plus ridiculement habillés du monde”7 ), parfois attendus (”Liste des villes et des capitales”8 ) mais plus souvent saugrenus (”Liste des raisons d’ériger une statue à l’inventeur des piscines”9 ).
L’auteur joue sans cesse avec la contrainte choisie, dans un exercice de style confinant à la prouesse. Mais là n’est pas la virtuosité ; le plus étonnant est qu’à la lecture, la forme de la liste se fait bien vite oublier. La manie fétichiste du collectionneur, loin d’ennuyer le lecteur, le séduit. Elle n’est plus qu’un prétexte à l’entrée dans un univers intérieur, la visite d’un “paysage mental” fait de voyages, de lectures, de souvenirs.
Ainsi de ces petites vignettes qui font penser à des photos-souvenirs :
“Comme les taxis de Téhéran détestent les mollahs, ces cierges coiffés de kouglofs attendent des quarts d’heure entiers au bord des trottoirs, levant le bras.”10
“En province, les mots mettent plus longtemps à mourir. En 2008, on y trouve partout des “snack-bars”, mot disparu à Paris. Le mot avait sans doute mis plus de temps à y arriver, aussi.”11
De même, le voyage se poursuit dans la littérature et les lectures qui nourrissent l’imaginaire : “Le pays de certains, c’est l’imagination.”12. Tout comme dans son précédent Dictionnaire égoïste de la littérature française, Charles Dantzig raconte ici la petite et la grande histoire des écrivains. En passant, il nous fait découvrir ceux qu’il appelle les “auteurs de ses livres”. Entre un portrait de Pascal en “désespéré pressé” et de Proust en “plongeur sous-marin”, il sauve de l’oubli un poète mineur, Christofle de Beaujeu, dont le lecteur découvre les vers, mais aussi le visage, grâce à trois reproductions de portraits qui accompagnent le texte.
La réussite de l’ensemble vient donc de la rencontre paradoxale de l’esprit “encyclopédique”, qui veut organiser la totalité du réel pour le soumettre aux lois de la raison et du “caprice”, qui est l’hapax, l’inclassable, la pure fantaisie. Ainsi de quelques saillies, comme par exemple dans la “Liste des si” : ” Si j’étais Mike Tyson, je chercherais un emploi dans la dentelle.”
Enfin, l’humour de Dantzig, porté par la pure imagination, pousse souvent jusqu’à l’absurde : “Dans le Village et à Soho, en été, le New-Yorkais va volontiers torse nu. Il met une chemise Midtown, une cravate Uptown et un chapeau Upstate, c’est-à-dire à la campagne. En remontant encore, il enfile une sur-chemise à carreaux, puis un trois-quarts doublé, puis des moufles, puis des raquettes, puis tombe dans le trou que l’Inuit a dessiné pour pêcher le poisson.”13
Le livre-monstre, fait d’une succession de listes, a donc inventé son propre genre. Il prouve par là que l’informe est encore une forme.
S’il peut être rapporté à une tradition littéraire, c’est sans doute à celle des formes brèves. Il répond en effet pleinement à une esthétique du fragment, où la beauté vient autant des morceaux de texte que de l’espace, du vide, du “rien”, entre eux. Au lecteur d’user de son imagination pour le compléter ou pour adopter à son tour l’attitude de l’auteur, qui semble écrire pour sauver de l’oubli des instants d’éternité.
http://www.paperblog.fr/1579163/charles-dantzig-encyclopedie-du-tout-et-du-rien
La liste des raisons pour lesquelles on doit s’abstenir de lire son Encyclopédie !
On aurait envie d’aimer ce livre, L’Encyclopédie capricieuse du tout et du rien. Parce qu’il fait des listes une forme littéraire, parce qu’il se met sous le signe du caprice, notion qui a fait naître parmi les plus grandes œuvres des XVIII et XIXèmes siècles, de Sterne et Diderot à Nodier ou Xavier de Maistre. Parce qu’il est érudit – et que cela fait du bien en ces temps où la culture littéraire est rangée, lors des promesses de campagne, dans la catégorie des choses non rentables pour le contribuable, ce que le quinquennat du candidat élu se charge, à chaque réforme, de nous démontrer. Parce que ça part dans tous les sens et que les titres ont de quoi accrocher :
Mais Charles Dantzig aurait dû en rester là. Ou à son incipit : « La liste est la forme d'esprit la plus naturelle à l'homme : enfant, il envoie une liste au Père Noël ; adulte, il fait des listes de courses, de comptes, de maîtresses ou d'amants ».
Alors, en réponse, la liste des raisons pour lesquelles on doit s’abstenir de lire son Encyclopédie :
- Parce qu’une encyclopédie qui se veut un caprice se doit d’être légère, « portative » comme le soulignait celle de Voltaire en son temps. Pas un pavé de près de 800 pages. Impossible à emporter avec soi à moins d’avoir envie de consulter rapidement la liste des kinés les plus proches.
- Parce qu’on a envie de dire à Dantzig que taper sur les critiques littéraires est aussi facile et vain que de taper sur les auteurs, qu’on peut savoir qui sont Jules Laforgue et Guillaume de Machaut, où se situent le pied et l’oreille, et pour autant ne pas apprécier son livre. Parce que ça nous paraît totalement idiot d’être capable d’écrire que « la peinture n’a jamais su sauver le regard »…
- Parce qu’on plaint Charles, quand l’autre Charles écrit « j’ai moins de souvenirs que si j’avais cinq ans ». Pas sûr que ça passe le millénaire.
- Parce que la seule phrase du livre qu’on a envie de sauver est la dernière : « Liste de… oui, vous avez raison. Tous les livres sont trop longs ».
- Parce qu’on se demande ce qui justifie la publication d’un affreux maelström de Brèves de comptoir + Nadine de Rothschild + Bouvard et Pécuchet…
- Parce qu’on a lu la phrase : « si les critiques sont parfois aigres, c’est qu’ils sont obligés d’écrire quelque chose sur un livre chaque semaine. Et il n’y a pas un bon livre qui paraisse chaque semaine ». Effectivement, j’ai lu quatre textes extraordinaires parus cette semaine. Pas le vôtre.
- Parce que l’ironie et le cynisme ne se manient pas à la truelle : « Le sport, c’est comme la vie. La plupart du temps, il ne s’y passe rien. C’est sans doute pour cela que c’est l’activité symbolique la plus populaire ». Je n’avais rien lu de plus idiot sur le sport depuis la critique de Pierre Assouline sur Courir de Jean Echenoz. Qui critiquait son titre, sous prétexte qu’il fait penser à une enseigne de sport.
- Parce que les « je me souviens », sous la plume d’un Perec, sont un délice.
- Parce qu’on se demande si ces 800 pages ne sont pas en définitive l’entrée « Fatuité » du Dictionnaire des idées reçues de Flaubert.
Pour finir, on aurait pu oser un jeu de mots sur « pense-bête ». Mais même pas. L’idée seule que Charles Dantzig va se retrouver en tête des listes de ventes suffit.
http://www.mediapart.fr/club/blog/christine-marcandier-bry/130109/dantzig-et-son-dictionnaire-des-idees-recues
La phrase est vive, l’esprit, incisif.
Il m'avait déjà fait rapprendre la littérature avec son extraordinaire Dictionnaire égoïste de la littérature française, le maître est de retour avec un essai tout à fait... et bien je n'ai pas encore trouvé de mot pour le décrire, c'est un livre sans équivalent, alors disons juste un essai original au nom programmatique : l'Encyclopédie capricieuse du tout et du rien
Et cette Encyclopédie alors ? Dur de résumer. Le quatrième de couverture parle d'un "tour du monde et de la vie en huit cents pages de listes", et au fond, c'est à peu près le principe !
Liste des plus belles routes du monde, Liste d'écrivains que d'autres écrivains n'aiment pas, Liste de Venise, Liste des choses douces, Liste branlante du bonheur, Liste des fessées perdues, Liste du sexy...
"On tourne les pages dans une joyeuse anarchie, valsant du littéraire au quasi trivial. Le ton est celui du bavardage : l’auteur se montre inconstant, badin. Il adopte un verbiage de sorbonnard, puis l’abandonne pour un soliloque de comptoir - ou celui d’un bar huppé. Tantôt Charles Dantzig irrite parce qu’il se montre péremptoire, tantôt il agace parce qu’il semble épris de son babil. Mais qu’on se rassure, son ‘Encyclopédie’ n’a rien de monochrome. La plume bondit du coq à l’âne, Dantzig possède un sens de la formule réjouissant- la phrase est vive, l’esprit, incisif."
http://ma-galejade.over-blog.com/article-29076845.html
Ce sont les listes délicieuses d’un dandy.
Listes alphabétiques, listes d’attente, listes de courses, listes noires… Tout le monde dresse des listes. Nous dressons des listes de ce que nous aimons et de ce qui nous dégoûte. De nos premières fois et des bonheurs souhaités. Des lieux que nous trouvons sublimes, atroces, des personnes ennuyeuses ou enthousiasmantes…
Charles Dantzig nous propose plus de trois cents listes sur près de 800 pages. Essayiste, poète et romancier, Charles Dantzig publie des livres de poésie, des romans dont ‘Nos vies hâtives’ et traduit notamment du Scott Fitzgerald et du Oscar Wilde.
Cette fois-ci,. « Les listes peuvent devenir une forme de littérature », affirme Charles Dantzig. Et il nous le prouve avec des listes des plus belles routes du monde, des aéroports charmants, des lieux de perdition, des petits pans de mur moches, d’une liste des Français, d’une liste des Anglais. Mais aussi des listes lapidaires, comme celle d ‘« ils ont été beaux huit jours », ou de plusieurs pages, spirituellement commentées, comme celle des « musées qu’on peut visiter sans faire la queue », des « femmes comme on en voudrait dans sa famille », de « Gatsby le Magnifique », des « nuages » ou des … « cons ».
En arpentant ces listes, on tombe sur de petits bijoux : « L’homme est bon : il oublie le mal qu’il a fait. » Ou : « La vie nous tuerait, si on la laissait faire. » En autre, notre encyclopédiste constate que « les parents obéissent à leurs enfants de plus en plus tôt ». Des annotations apparaissent au détour d’une liste : « La politesse nous tue. On ne veut pas déranger. Et c’est soi qu’on dérange. »
Magnifique… En gros, pour la fin de cet hiver, portez du Dantzig.
http://www.dandies.fr/encyclopedie-capricieuse-du-tout-et-du-rien-de-charles-dantzig
Un délicieux mélange qui se savoure ligne à ligne.
S’inscrivant dans une longue tradition littéraire remontant aux « Notes de chevet », poétiques listes établies au XIème siècle par la courtisane Japonaise Sei Shônagon (et qui a inspiré le film de Peter Greenaway « The pillow book », d’où est extraite la photo qui sert de bannière à ce blog), Charles Dantzig donne une ampleur nouvelle à la liste avec l’ouvrage le plus surprenant de cette rentrée littéraire hivernale « Encyclopédie capricieuse du tout et du rien ».
Que ceux qui bailleraient déjà d’ennui devant les 800 pages de listes se rassurent : les listes selon Dantzig sont bien plus que de simples énumérations à la Ben Schott (l’auteur du best-seller « Les Miscellanées de Mr Schott »). Véritable Zelig de la littérature, Dantzig jongle avec les styles et passe avec brio d’un inventaire lapidaire claquant comme un haïku (comme la liste des titres contenant le mot « dimanche » ) à un portrait finement ciselé, se glisse dans la peau des grands moralistes le temps d’une méditation sur les villes, l’amour ou Venise, fait suivre un hommage (sublimes pages sur Fitzgerald et Proust) par d’élégantes saynètes avant d’épingler avec humour les ambitieux, les vaniteux, les critiques littéraires et les mauvais écrivains (et il cite des noms !).
Comme dans son « Dictionnaire égoïste de la littérature française », l’auteur agace parfois - par exemple pourquoi en veut-il au Balzac de Rodin qu’il décrit en «concierge du boulevard Raspail » ?- et on a envie de le contredire, mais ces agacements sont de courte durée car tant d’érudition, d’enthousiasme et d’humour forcent l’admiration. Dans un style alerte et élégant émaillé d’aphorismes, il partage ses enthousiasmes pour les « lieux de fééries », Venise, New-York, les danseurs, et ses détestations pour Flaubert, Guy Debord, « idole des niais » ou le mariage. Un délicieux mélange qui se savoure ligne à ligne.
http://empreintedesmots.blogspot.com/2009/01/encyclopdie-capricieuse-du-tout-et-du.html
Oui, Charles Dantzig montre qu'on peut être célèbre et discret, passionné et délicat, mordant et sensible, insupportable et adorable. Il est désormais le secret le mieux gardé de la littérature française.