1821. En Galicie, alors rattachée à l’empire habsbourgeois, l’obscure famille Zemka reconquiert le domaine fondé par un ancêtre issu de la noblesse et s’engage fiévreusement dans la lutte d’indépendance de la Pologne.
Pour retracer son ascension puis sa décadence, Diane Meur convoque une singulière narratrice : la maison elle-même qui, derrière sa façade blanche et son fronton néo-classique, épie ses habitants. Indiscrète et manipulatrice, elle attise les passions, entremêle les destins, guette l’écho des événements qui, des révolutions de 1848 aux tensions annonciatrices du désastre de 1914, font l’histoire de l’Europe. Les femmes surtout, condamnées à la réclusion dans la sphère domestique, la fascinent.
L’une d’elles, enfin, va réussir à s’en aller...
Un roman aux allures de classique
En Galicie, une terre polonaise désormais sous domination autrichienne, une vaste demeure raconte la vie de ses habitants sur plus d’un demi-siècle. En 1820, Jozef Zemka devient l’intendant du domaine qui appartenait autrefois à sa famille. Bien décidé à récupérer la terre de ses ancêtres, il parvient à ses fins en séduisant et en épousant la jeune fille de la maison, la douce et naïve Clara. De cette union naîtront cinq filles, au grand dam de Jozef qui souhaitait un héritier.
Ce pavé de 700 pages demande un peu de temps et de concentration : il y a d’abord un contexte politique et historique assez complexe, mais aussi un style très riche, et une rigueur qui donne à ce roman des allures de classique. J'ai beaucoup aimé l'ambiguïté de l'atmosphère et du lieu (cette demeure où se déroule presque tout le roman), à la fois cocon protégé du fracas du monde et huis clos étouffant. L’idée de confier la narration à la maison elle-même peut paraître saugrenue mais cela se fait de manière très naturelle et apporte finalement une vraie profondeur à l’histoire : la maison nous guide dans le labyrinthe des sentiments humains, s'attarde surtout sur les femmes qui habitent en son sein, Clara, ses cinq filles, puis sa petite fille Tessa. Promises à une même vie terne et étriquée, ces femmes auront toutes un destin très différent et feront tout pour échapper d'une façon ou d'une autre à l’influence du patriarche Jozef. Il y a bien quelques longueurs ici et là, mais Les vivants et les ombres est vraiment une belle fresque familiale, trèsambitieuse.
Solenn , http://carnetdelectures.over-blog.com/
Une narration originale
Dans les années 1800, en Galicie, la maison de la famille Zemka est témoin de bien des évènements, qu'ils soient historiques ou familiaux. La maison, devenue narratrice, se rappelle les nombreux hommes et femmes qui sont passés entre ses murs, à commencer par son constructeur, le comte Ponarski, puis l'arrivée, grâce à un mariage d'intérêt, du noble déchu Josef Zemka, qui peut ainsi reconquérir ce qu'il considère comme lui étant dû. Mais des troubles agitent la Pologne et les pays environnants et les Zemka, volontairement ou non, seront alors entraînés dans l'Histoire. Mais c'est surtout les femmes qui paieront un lourd tribut dans ces périodes agitées où leur condition est souvent de se taire et de tenir les rênes de la maisonnée …
Après un début difficile pendant les trente premières pages, le temps de mettre en place une partie des personnages et surtout de s'habituer à l'originalité de la narration, j'ai très vite plongé avec délice dans les rebondissements agitant la famille Zemka. Les personnages nombreux et variés m'ont accompagnée pendant des heures passionnantes où j'ai découvert peu à peu leur caractère, leurs secrets inavouables, leurs besoins et leurs espoirs. Les femmes, qui fascinent particulièrement la maison, sont une part importante du livre et sont, malgré leurs défauts, attachantes et vraies. De leur côté, les hommes peuvent être particulièrement agaçants dans leur entêtement et leur machisme mais n'en demeurent pas moins réussis. L'Histoire se mêle aux querelles familiales et aux liens qui se font et se défont et là, j'avoue que j'ai été parfois un peu perdue, ne connaissant strictement rien à cette période et cette région d'Europe. Les tensions entre Polonais et Ruthènes, les problèmes de féodalité encore présente, voilà des thèmes que j'ignorais totalement et qui m'ont permis de découvrir un pan méconnu de l'Histoire sans pour autant m'ennuyer. Car Diane Meur, grâce à une écriture soignée mais légère, nous entraîne dans cette saga familiale remplie de passions et de drames et on ne s'y perd ni ne s'en lasse jamais !
Alors n'ayez pas peur et plongez-vous dans la vie d'une noble maison galicienne du 19e siècle en prise avec son temps !
Joelle, http://bibliodudolmen.canalblog.com/
Entre fresque historique et chronique, une grande réussite dépaysante
Dans la trouble Pologne du XIXe siècle, une demeure aristocratique relate la vie de ses propriétaires sur près d'un siècle – et pas n'importe lequel ! Un siècle riche en émotions, en idées nouvelles, en révolutions.
Le jeune et beau Jozef Zemka, noble déclassé, se voit confier l'intendance de l'ancien domaine familiale. Ambitieux, il voit dans l'inclination de Clara, la jeune fille des nouveaux propriétaires, un magnifique instrument pour son ascension sociale. Évidemment, le jeune fille se trouve enceinte : le mariage est donc incontournable pour sauver les apparences. Jozef a réussi !
Mais, pour que son bonheur soit parfait, il lui faudrait un fils. Or, il n'aura que cinq filles aux destins très différents...Entre la fresque historique et la chronique, ce roman nous entraîne allègrement dans le tourbillon des événements qui vont tant bouleverser la vie des différents personnages. Cette ère des révolutions, les chamboulements qu'elle provoque (notamment au niveau des liens entre maître et inférieurs), la perte de repères des principaux protagonistes, leurs diverses opinions politiques, leur peur à l'égard d'un avenir des plus incertains sont décrits avec finesse. Si vous êtes au premier abord rebutés par ce pavé, sachez qu'une fois que vous aurez le nez dedans, vous ne l'en sortirez plus ! La fine et curieuse narratrice sait ménager son suspens et mène très bien son lecteur...par le bout du nez ! C'est une grande réussite dépaysante mêlant avec brio les événements politiques et leurs incidences (ou non) sur la vie familiale, qui, somme toute, se doit de suivre son cours, du moins autant que possible. Bref, Diane Meur met de la vie dans nos livresd'histoire !
Merci beaucoup au Livre de Poche pour cette agréable découverte !
Arsène Lupin, http://laiguillecreuse.spaces.live.com/blog/